Ecologie
Planter des arbres suffit-il à faire une politique municipale écologique ?
« Derrière les bonnes intentions…. des chiffres et des réalités »
Certains candidats des élections municipales, en particulier Olivier Falorni et Jean-François Fountaine, ont des élans écologiques affichés, et sans doute sincères. Verdir la ville en plantant des arbres est une mesure salutaire que nous partageons. Nous sommes nous-mêmes porteurs d'une politique de végétalisation urbaine dans tous les quartiers, par exemple sur la place de Verdun, très bétonnée, dans les cours d'école, sur les quais du port, etc.
Mais devons-nous être dupes de ces toilettages programmatiques et peut-on parler de véritable "politique écologique" ?
Ne s'agit-il pas plutôt d'un saupoudrage masquant un faible niveau d'ambition ou de connaissances ?
Les propositions de ces candidats sont-elles, à la hauteur des enjeux ?
Prenons le cas des arbres. Olivier Falorni promet solennellement d'en planter 500 par an. L'effort paraît au premier abord gigantesque...
Quelques calculs relativisent rapidement la portée de ce geste louable présenté comme crucial.
Premier constat :
Les émissions de CO2 par habitant au sein de la communauté d'agglomération s'élèvent à 11 tonnes par an. Imaginons que nous puissions les diviser par cinq : il resterait 2 tonnes annuelles par habitant. En considérant que l'agglomération fait environ 170.000 habitants, nous arrivons à 340.000 tonnes de CO2.
L'objectif à atteindre, dans le cadre d'une vraie politique de transition écologique, est de parvenir à la neutralité carbone.
Cela suppose de créer des mécanismes de compensation en puits de carbone (séquestration de CO2). Si l'on retient qu'un hectare de forêt permet la compensation de 50 tonnes de CO2, nous en déduisons qu'il faut prévoir 6 800 hectares de forêt.
Sur la base de 600 arbres par hectare, nous parvenons à un besoin de 4.080.000 arbres !
Pour rappel, Olivier Falorni en propose 500 par an... des "arbres fruitiers" précise-t-il, ce qui est sympathique, mais ne change rien au problème.
Autre exemple parlant :
Le trafic aérien local. Actuellement, l'aéroport de Laleu-la Rochelle accueille environ 220.000 voyageurs par an (chiffres de 2019).
En prenant comme base de calcul une moyenne de deux heures de vol par voyageur, nous obtenons 440.000 heures de vol par an pour les passagers de l'aéroport rochelais.
D’après les chiffres officiels d'Air France (compensateur carbone de la Direction générale de l'Aviation civile), pour compenser le carbone produit, il faut un arbre par heure de vol d'un voyageur. Donc, la compensation de ce trafic suppose un total de 440.000 arbres, soit 600 hectares environ.
Les perspectives d’amélioration technique sur les moteurs restent limitées : ce n'est pas par ce biais que la solution sera trouvée.
Mais ce constat n'empêche pas Jean-François Fountaine de nous promettre que ce grand challenge « doit être réalisé sans décroissance » (journal LR à la Hune, le 12 février 2020).
De qui se moque-t-on ?
Le respect des citoyens passe par celui de la vérité. Ce n'est pas en la cachant que l'on fait progresser la démocratie.
Quelles conclusions tirer de nos remarques ?
D'abord, qu'il ne s'agit pas ici d'être pessimiste, mais de ne pas ignorer la réalité.
En effet, « pour trouver les bonnes solutions, il faut partir des bonnes hypothèses ».
Ensuite, que végétaliser la ville, c'est très bien, c'est très louable - nous y sommes favorables. Mais cela ne nous exonère pas d'une réflexion bien plus intense et d'une politique municipale bien plus rigoureuse, si nous voulons répondre au défi climatique, à l'échelle de notre ville.
Attention aux effets d'annonce !
Et nous avons encore de nombreux autres exemples sur ce sujet...